Permaculture et Agroécologie avec OCAPI

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Bonjour à toutes et à tous, internautes et auditeurs de la planète Eco. Si je vous parle gestion de l’eau, cultures diversifiées, biodiversité, vivrière, approche paysanne, micro-élevage, éco-pâturage, aquaponie, forêts, jardins et plein d’autres concepts, je parle bien évidemment de la permaculture et d’Agroécologie. Dans cet épisode je reçois Pierre-Alexandre Gaurier qui est consultant en Permaculture et Agroécologie chez OCAPI, une société de conseil en développement de projet et installation paysagère à Chalonne sur Loire. J’ai fais cet entretien avec lui sur un terrain basé à la Possonnière pour son projet Canopée. Alors Bonjour Pierre-Alexandre..

Pouvez-vous vous présenter et nous présenter le projet de OCAPI ?

 

Je m’appelle Pierre-Alexandre Gaurier, j’ai 41 ans, je suis originaire de la région parisienne. Je suis en Anjou depuis peu, et ce sont mes activités professionnelles qui m’ont amenées en Anjou parce que je suis animateur et concepteur en permaculture et j’anime des stages d’initiation à la permaculture depuis 3 ans maintenant sur la ferme du petit faiteau à Saint-Georges-sur-Loire. Et depuis tout ce temps là, le fait de rencontrer beaucoup de personnes différentes, j’ai senti qu’il y avait un appétit pour la permaculture et l’agroécologie, c’est ce qui m’a amené en Anjou aujourd’hui. C’est ce qu’on va voir dans les questions suivantes.

 

Tout à fait. Qu’est ce que vous proposez concrètement et comment est venue l’idée d’OCAPI ?

 

OCAPI c’est un studio de conseil et de conception en permaculture et en agroécologie, c’est un acronyme qui est celui des mots Observation Conception Analyse Planification et Implantation de système c’est-à-dire que la permaculture et l’agroécologie sont des approches systémiques, on essaye de développer une approche complexe pour développer des activités humaines qui ont un faible impact sur l’environnement et qui au contraire ont des impacts forts sur la régénération, la renaturation même si ce mot là existe pas, des écosystèmes agrocultivés en fait, agronomiques, cultivés et écologiques, c’est-à-dire la prise en compte de l’environnement dans lequel on vit. Donc ce petit bureau d’étude est une structure entrepreneuriale toute jeune, qui est née en août 2020, qui donne un peu de corps à mes activités et qui permet d’accompagner principalement aujourd’hui des particuliers sur des missions de conseil. Ça peut aller de 2/3 heures à des missions un peu plus complexes avec de la réalisation, de la mise en plan, de la prescription et parfois je vais juste faire des cours dans les jardins des personnes pour les aider à élaborer un projet de réalisation de système potager ++.

 

Et il y a aussi, alors en ce moment on sait que c’est compliqué, mais des stages j’imagine aussi spécifiques sur la permaculture ?

 

Tout à fait c’est des animations que je fais depuis 2014, ce sont des sessions de 3-4 jours, c’est variable. En ce moment c’est compliqué parce qu’entre les lieux qui ne peuvent pas accueillir du public, entre les potentiels confinements et les confinements qu’il y a eu c’est pas simple de se réunir en groupe. Sachant que traiter et parler de la permaculture et de l’agroécologie c’est beaucoup plus facile lorsque l’on est sur un terrain parce qu’on a beaucoup de choses à observer et observer derrière un écran d’ordinateur ça ne marche pas bien. Et au-delà de ça, l’idée de se retrouver avec du monde et d’échanger. On est des humains, on est des animaux sociaux, on a besoin d’échanger avec nos pairs et c’est clair que la période ne s’y prête pas beaucoup. Mais il y a des astuces pour se regrouper : des chantiers participatifs, des animations ou autre. Mais effectivement c’est une partie de mon activité économique.

 

Alors on est ici sur un terrain qui héberge donc le projet Canopée, sur la Possonnière, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus de ce projet ?

 

Le projet Canopée s’installe sur un terrain qui est en zone naturelle de plus de 4 hectares. C’était un peu une configuration que je recherchais. C’est-à-dire que ce n’est pas du tout un terrain agricole, ce n’est pas un terrain plat. C’est un terrain qui est boisé, sur lequel il y a beaucoup de relief, il y a des étangs c’est-à-dire que la ressource en eau étant une priorité c’était ce que je recherchais en premier lieu. C’est un terrain qui a pour vocation à abriter tout une logique de revalorisation de l’environnement naturel. On pourrait s’entendre sur qu’est ce qu’on entend par la « nature » mais c’est-à-dire vraiment la prise en compte des phénomènes naturels, de la biodiversité végétale et animale présente et d’y inclure une permaculture, c’est-à-dire une manière de concevoir et de percevoir l’environnement qui passe par beaucoup d’observation, beaucoup d’analyse de terrain et surtout une manière de gérer les flux énergétiques : comment rentre le soleil, comment capturer la lumière, comment capturer les calories, comment travailler et gérer le vent et surtout en priorité comment gérer convenablement l’eau qui rentre sur un site comme celui-là. Parce qu’aujourd’hui il y a des problématiques sur l’eau mais elles sont liées principalement à notre incapacité ou méconnaissance à savoir gérer la ressource en eau. Donc le projet OCAPI a pour vocation à installer une permaculture, un agrosystème écologique qui est un gros projet, c’est un projet à 10 ans minimum avec installation de plantations sur des systèmes multi-étagés avec une logique d’éco-pâturage, des activités piscsiculture. Mais tout ça d’un point de vue vivrier c’est-à-dire qu’il n’y a pas de logique commerciale derrière à proprement dit, c’est un terrain à la fois d’expérimentation et un terrain pédagogique qui est aussi le support de mes activités au travers du studio OCAPI par exemple. Mais c’est un lieu carrefour,  si on ne peut pas faire des stages dans des salles on en profite pour se retrouver ici, parler du projet, faire des chantiers participatifs, observer, implanter des choses, charrier de la terre si il faut charrier de la terre et puis montrer qu’on peut faire des choses un peu partout.

C’est un projet qui, je l’espère, pourra accueillir progressivement d’autres personnes qui sont désireuses d’essayer des choses. Aujourd’hui moi je suis au pilotage du projet, après j’ai des coups de main ponctuels de la part de mes parents, de la part d’anciens stagiaires, d’amis. Mais c’est vraiment, en termes de mise en œuvre, un gros projet aujourd’hui. Là on vient de finir quelques travaux de terrassement, si on avait dû les faire à la pelle et à la brouette ça n’aurait pas marché.

 

Comment on peut finalement donner envie aux gens, dans leur jardin, même s’ils ont un tout petit bout de terrain, de s’initier à la permaculture et à l’agroécologie ? Quels sont les leviers finalement qu’on pourrait trouver ?

 

Le témoignage, c’est-à-dire montrer qu’il est possible de faire des choses peu importe le lieu où on est, peu importe la surface, peu importe la configuration, que ce soit en zone urbaine ou en zone rurale. Moi je suis installé à Chalonne aujourd’hui suite à un rapprochement familial avec mes parents donc on partage une maison avec un jardin de 800m² qui n’est pas un petit jardin du tout. Et dans ce jardin qui était traité de manière ornemental, de manière tout à fait classique, on peut vraiment penser à la refonte globale d’un site comme ça. Et je pense que pour aider il faut être en mesure d’expliquer comment on peut se projeter c’est-à-dire encourager le désir, encourager la créativité et pour ça il faut qu’il y ait de plus en plus de lieux qui témoignent de possibles. Donc le projet Canopée c’est aussi un peu ça, même s’il est dans un contexte particulier. Mais il est possible de faire des choses sur 10m², sur 50m², sur 200-300-400 hectares il n’y a pas de problème, ce sera une histoire d’investissement énergétique qui va changer, ça demande toujours des moyens soit financiers, humains, temporels mais l’idée c’est qu’on peut faire vraiment beaucoup de choses, libérer notre créativité. Et aujourd’hui on a une somme d’informations considérable donc après c’est peut-être rencontrer des personnes qui sont motivées et motivantes pour ça et s’y mettre. On pourrait passer deux ans dans les livres, on n'aura fait que passer deux ans dans les livres.

 

Il faut vraiment pratiquer, observer, mettre les mains dans la terre.

 

Il y a un gros temps d’observation et l’observation est permanente mais il y a un vrai temps préalable à ça. On est une espèce qui est agissante et interagissante mais le fait est que sur ce site là par exemple j’ai signé le compromis de vente en octobre 2019, j’ai pu signer la vente finale en mai 2020, j’ai commencé les travaux sérieux en décembre 2020 et là je n’ai pas du tout fini d’observer tous les mécanismes qui sont à l’œuvre sur ce site tellement il est complexe.

 

Oui il faut prendre le temps et ne pas aller à la précipitation finalement.

 

C’est ça  et puis c’est surtout comment bien comprendre ce qu’il y a déjà en place. Moi je suis le dernier arrivé ici, je ne suis pas le premier. Donc parce que je suis le dernier ici il y a des chevreuils qui peuvent passer, il y a des sangliers, il y a des ragondins, 32 ou 33 espèces d’oiseaux différentes qui passent ou qui nichent ici, des col-vert, on est pas loin du jardin des kangourous donc il y a différents étangs. Il y a une vie qui est déjà installée ici et l’idée c’est comment moi je peux intégrer ce qui existe déjà en en tenant compte et pas en éradiquant comme on a l’habitude de le faire et comme on a toujours fait vraisemblablement dans l’évolution de l’humanité. Là c’est une approche qui est  assez différente et qui est intégrante. Mais avec la difficulté que ça comporte c’est-à-dire que c’est complexe.

 

Si je reviens juste au niveau des particuliers, est-ce qu’on pourrait peut-être pas dire plutôt que de faire des haies classiques avec du tilleul, du laurier, créer des haies avec justement des fruitiers ce genre de chose.. ?

 

Aujourd’hui en fait c’est toujours une histoire de méconnaissance. Toutes les connaissances sont accessibles, plus ou moins facilement, en fait il manque d’intervenants pour sensibiliser, familiariser. Il y a une vraie dimension pédagogique à développer autour de ça. On sait faire, on a les outils ; avec peu de moyens on peut faire beaucoup de choses. Il y a un des principes de permaculture qui est de dépenser le minimum d’énergie pour le maximum d’efficacité. C’est toujours l’énergie qui rentre pour l’énergie qui sort. Et qu’est ce qu’on perçoit quand on parle d’énergie, est-ce qu’on ne va parler que d’argent ou que de temps ou que de production mais il y a plein de types de production qui ne sont pas forcément tangibles comme le bien-être au sens « j’aime être dans ce lieu parce que je m’y sens bien, je peux accueillir des personnes et les personnes qui viennent là se sentent bien aussi ». Donc ça ce sont des retours énergétiques qui nous permettent de garder le moral par exemple, surtout dans une période comme celle qu’on traverse. Il faut savoir de quoi on parle mais oui on peut vraiment développer plein de types de plantations différentes sans aucun problème. Les pépiniéristes existent, il y a vraiment de quoi faire.

 

Surtout en Anjou.

 

Oui il y’a beaucoup de choses, et puis il y a une palette végétale considérable y compris en comestibles, vraiment, mais la connaissance..

 

Oui c’est ce que j’allais dire, il y a un minimum de connaissances, on pense surtout aux groseilles, aux framboises, mais finalement il y a plein d’autres fruits qui sont comestibles qu’on pourrait…

 

Oui qui sont très adaptés à nos climats en fait. Il y a une espèce toujours de petite bataille entre « il faut absolument planter du local et pas d’exotique » mais il ne faut juste pas oublier qu’il n’y a quasiment aucune plante, aucun arbre, aucun arbuste chez nous qui n’a pas été naturalisé, qui ne vient pas de l’extérieur en fait. Le châtaigner ne vient pas de chez nous, ça fait quatre ou cinq siècles qu’il est sur le territoire, il s’est naturalisé, les fruitiers n’en parlons pas ils n’étaient pas de chez nous. Le pommier ça vient du Kazakhstan, ça ne vient pas de France et c’est valable pour beaucoup d’autres espèces c’est-à-dire qu’on a des bananiers qui sont adaptables chez nous, le figuier ça vient plutôt du sud de l’Europe. Finalement moi ma logique c’est « planter de tout, partout » parce que je n’ai pas vraiment peur des espèces invasives? Les espèces invasives, qu’elles soient indigènes ou dites exotiques, sont invasives pour certaines raisons. L’important c’est de connaître les raisons qui permettent à une plante de s’installer et si on choisit des espèces qui sont plutôt à caractère invasive et qu’en plus elles produisent de l’aliment c’est plutôt une bonne chose. Notre travail ça va être de contrôler l’envahissement mais ça ne va pas être d’essayer de faire que ça pousse et c’est une logique complètement différente. Et là c’est clair qu’on a une palette végétale. Il suffit de regarder dans des bouquins comme celui de Martin Crawford ou ne serait-ce que de Fabrice Desjours qui traitent de la fôret-jardin, on a 500-600-700 espèces comestibles en fait. Ça va de la racine à la sève, à l’écorce en passant par la feuille, par les fruits etc. Donc  on y a accès facilement aujourd’hui. Il suffit juste de rencontrer soit les bonnes personnes soit de rencontrer les bons ouvrages. Et après de voir justement des systèmes qui s’appuient là-dessus qui se développent, et aujourd’hui  en France il y en a mais il y en a peu, mais il y en a qui sont déjà assez développés. L’idée c’est de multiplier ça partout où on peut. Plus il y aura de personnes qui feront ça, mieux on se portera.

 

Alors j’ai une question un peu récurrente que je pose à tous mes invités c’est, est-ce que vous pensez que les futures générations auront une fibre un peu éco ?

 

Eco quoi ? Qu’est ce qu’on entend par éco ? Je pense que comme dans toute génération, comme dans toute espèce il y a de tout. Ce qui est certain c’est qu’on a une période où les contraintes sont de plus en plus fortes, il y a une conscience qui s’élève par rapport à la notion de limite partout sur la planète même si aujourd’hui on peut observer qu’on en tient pas beaucoup compte. Mais on est dans un monde fini et clairement si on n’est pas en mesure de limiter nos appétits et nos ambitions, ça ne marchera pas bien. Moi je vois qu’en trois ans d’animation de stages, c’est des stages qui regroupent vraiment plein de types de personnes ça va de 17 ans à 85-88 ans, tout type de population confondues, de métiers confondus, à la retraite, pas à la retraite, et c’est clair qu’en trois ans j’ai vraiment vu une évolution de mentalité mais au sens de gens qui sont vraiment concernés par les sujets pour lesquels ils viennent : par exemple  permaculture, zéro déchet, consommation locale et tous ces trucs. Après c’est la question du nombre  et là je n’en ai aucune idée, moi je pense qu’il y a toujours une poignée d’individus qui est un peu visionnaire finalement, qui anticipe un peu ce qui va se passer mais ça c’est valable pour toutes les époques. Moi ma réflexion elle est toujours double c’est-à-dire qu’est-ce qu’il est possible de faire à l’échelle de l’individu et il y a l’échelle agrégé, l’échelle agrégé j’entends l’échelle de la civilisation finalement ou des sociétés complexes, entre les deux il y a plein de paliers, il y a ce qu’on peut faire à deux, à quatre, à six, à huit, à dix, à vingt. Et après qu’est ce qu’on peut faire en termes de civilisation sachant que pour moi la société est une émanation de l’individu et pas l’inverse. Donc c’est à souhaiter qu’il y ait de plus en plus de personnes éco quelque chose.

 

Comment on peut vous contacter ?

Là je suis en train de travailler sur la visibilité des activités du studio OCAPI, aujourd’hui pour me trouver il faut m’appeler, donc mes coordonnées ne sont pas encore visibles, c’est vraiment beaucoup sur le bouche à oreille. Je n’existe pas vraiment sur les réseaux sociaux, sur le web mais ça va arriver prochainement. Il y a néanmoins sur Facebook une page qu’on a monté qui s’appelle permaculture et agroécologie 49, on est trois administrateurs dessus donc il est possible d’envoyer des contacts par là, moi je suis sur Facebook : Pierre-Alexandre Gaurier ça se trouve facilement. Il y a une association aussi co-fondée avec des amis en Touraine qui s’appelle l’association ART pour Action Rurale des Territoires. C’est au travers de cette association que j’interviens moi pour tout ce qui est animation de stages, c’est une association qui est basée à Langeais mais les stages que j’anime sont, au du moins jusqu’à maintenant étaient, à Poitiers, Niort, Nantes, à Angers, à Orléans etc. Donc cherchez mon nom, mon prénom et bientôt il y aura un site web, une vitrine avec des coordonnées précises.

 

Super, merci beaucoup Pierre-Alexandre et j’encourage tout le monde à venir sur le terrain de la Possonnière pour donner un coup de main et observer, voir comment se comporte la nature.

 

Merci Yves.

 

Vous venez d’écouter un nouvel épisode de Génération Eco, merci à toutes et à tous, n’hésitez pas à partager et à commenter cela aide beaucoup le podcast et je vous dis à bientôt pour un prochain épisode.